Billets de prepentretien

Le serpent qui se mord la queue

Jury : Il nous semblait que vous aviez déjà travaillé à plusieurs reprises

Candidat : Euh… Oui ! En fait, je travaillais chez mon oncle

Jury : Pourtant, vous nous avez dit que vous étiez autonome depuis l’âge de 16 ans et que vous ne deviez rien aux autres

Candidat : Disons que c’est presque exact…

 

Cet échange vous paraît inimaginable et pourtant nombre de candidats finissent par se contredire au cours de l’entretien. Si le jury ne s’en rend pas compte, ce n’est pas très grave, mais en général il est à la recherche de ces petites incohérences dans votre discours, qui ne sont souvent rien de moins que l’arbre qui cache la forêt.

 

Au-delà des grosses incohérences qui  prouvent que vous n’avez pas préparé votre entretien, ou que vous ne vous êtes jamais donné la peine de vous poser les bonnes questions, elles peuvent être un bon indicateur d’une histoire montée de toutes pièces. Autrement dit,  la vérité viendrait de vous échapper.

 

Se contredire est une erreur stratégique (vous ne faîtes pas suffisamment attention à ce que vous racontez, votre vigilance s’est relâchée), mais cela peut arriver dans certaines situations ou le stress nous submerge. Cependant, se contredire alors que le jury a déjà de gros doutes sur la légitimité de votre discours, s’est s’exposer à une rafale de questions pour s’assurer que ce n’est qu’une petite erreur de votre part.

 

Jury : Quelle est votre plus grande qualité ?

Candidat : Je suis très généreux (NDR : une qualité à ne pas citer)

Jury : Si vous gagnez au Loto et que vous empochez une cagnotte de 10 millions d’euros, qu’en feriez-vous ?

Candidat : Avec la première moitié je ferais des placements dans de l’immobilier et avec la seconde je me ferais plaisir au quotidien.

Jury : C’est tout ?

Candidat : Vous savez, on ne fait pas grand-chose avec 10M d’euros !

Jury : Et vous n’aideriez pas les plus démunis ?

Candidat : Je voudrais bien, mais je ne peux pas porter toute la misère du monde sur mes épaules…

 

Visiblement, ce candidat a une vision très personnelle de la générosité. De la même manière qu’il y a des arrêts de correction dans des copies, lorsque l’erreur est énorme, ici il peut y avoir un arrêt de l’ « entretien de recrutement » et début de l’ « entretien d’élimination ». Cela se produit lorsque l’on est sûr que le candidat ne répond pas aux critères de recrutement. Il ne reste plus qu’à le pousser à la faute pour s’en débarrasser pour de bon.

 

Faire un lapsus ou se contredire n’est pas être grave en soi, à condition d’avoir conscience que l’on a commis une erreur, de l’avouer et de reprendre son argumentation point par point. En revanche, si vous avez menti et que vous êtes fait prendre à votre propre piège, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même ! Si le jury a mis le doigt sur une « petite bête », ne cherchez pas à mentir. Apres tout, vous avez également le droit de ne pas être parfaitement lisse, à condition de savoir le justifier.

 

Comment comptez-vous concilier vie professionnelle et vie familiale ?

        Vous êtes une jeune femme, vous avez de l’ambition, vous vous êtes engagée dans des études longues, votre projet professionnel est un minimum construit, dans ce cas, attendez-vous à vous voir poser la question de la conciliation de votre vie familiale et de votre vie professionnelle. En France, réussite professionnelle et vie familiale épanouie de font pas bon ménage, surtout lorsque l’on est une femme. Peu d’entreprises proposent des aménagements du temps de travail ou disposent d’aménités pour faciliter la vie des parents (e.g. garde d’enfants).

 

Du fait d’un cloisonnement entre vie privée et vie publique, il peut sembler difficile de mener les deux de front. Cependant, comme toute chose, en faisant des sacrifices, il est possible de trouver l’équilibre qui vous convient le mieux. Pour cette question, il vaut mieux parler de personnes autour de vous, qui ont parfaitement réussi à mener les deux de front, tout en soulignant la difficulté de l’exercice : il s’agit à la fois de réussir sa carrière et d’élever des êtres humains, qui auront besoin d’une attention de tous les instants.

 

Comme toujours, soyez optimiste et prouvez que dans ce domaine, comme dans tous les autres, que vous prendrez le taureau par les cornes. Rappelez-vous qu’il s’agit d’une question pour vous déstabiliser. Si le jury se montre dubitatif, soyez encore plus concret (en mentionnant par exemple de grandes femmes d’affaires également mère) et surtout faites en sorte de ne tomber ni dans l’écueil féministe, ni dans l’écueil misogyne.

 

Quel est votre rêve le plus fou ?

             Dehors avec vos amis, vous rêveriez de jouer sur les planches, de chanter comme Pavarotti, ou en toute modestie de refaire le monde. Si l’on vous pose la même question dans le cadre formel d’un entretien, les réponses deviennent à l’instant consensuelles et souvent insipides. Il ne s’agit pas d’évoquer une utopie, à la limite du candide, mais de partager avec le jury quelque chose qui vous tiendrait particulièrement à cœur et que vous espérez secrètement réaliser un jour ou l’autre.

 

Petit rappel : le rêve fait référence à un succès ou à un événement hautement improbable, à une idée quasi chimérique. L’envie n’est rien de plus que la manifestation d’un vif désir. Beaucoup de personnes confondent ces deux notions et évoquent la notion de rêve là ou il n’y a qu’une envie.

 

Le rêve, par essence, porte en lui quelque chose qui vous motive réellement et qui vous fait espérer, aussi improbable que cela puisse paraître. Vous pouvez rêver de marcher sur la Lune, mais posséder une voiture de sport n’est pas un rêve, dans la mesure où il vous suffirait de contracter un prêt ou de tomber sur une bonne occasion pour l’acquérir.

 

Pour cette question, faîtes preuve d’inventivité et soyez honnête. Le jury veut savoir quelle part d’enfant reste encore en vous. Si vous n’avez aucun rêve à 20 ans, comment serez-vous d’ici 10 ou 15 ans, sachant que les désillusions vont souvent en s’empirant au fil des années ? Quel que soit votre rêve, restez optimiste et un minimum réaliste.

 

« On croit que les rêves, c'est fait pour se réaliser. C'est ça, le problème des rêves : c'est que c'est fait pour être rêvé ». Coluche.

 

Pourquoi vous plutôt que votre meilleur ami ?

          Il y a des questions comme « pourquoi vous plutôt que votre meilleur ami », qui assurent au jury des moments pour le moins folkloriques. De trop nombreux candidats tirent dans les pattes de leur meilleur(e) ami(e) et explique pourquoi ce dit meilleur ami ne vaut strictement rien et pourquoi ce serait une cruelle erreur de le/la prendre à leur place.

 

Comme cela a déjà été répété un certain nombre de fois, lors d’un entretien, il s’agit de ramener l’entretien à soi et d’expliquer en quoi on est le meilleur candidat. Ce qui signifie précisément de mettre en avant les qualités, qui font de nous le candidat idéal. En tirant à boulets rouges sur votre meilleur ami ou sur le candidat qui vient de passer avant vous, vous prouvez votre immaturité et votre mauvais esprit.

 

Cette question vous invite à mettre en avant vos qualités et plus encore les éléments que vous seriez capable d’apporter à une école, comme votre maîtrise d’une langue étrangère, une maîtrise poussée de langages informatiques, un don dans le dessin ou la musique qui vous permettrait de contribuer activement à la vie associative de l’école...

 

Rappelez-vous que lors d’un entretien, vous devez vous présenter sous votre meilleur jour. Critiquer ouvertement une personne, que vous prétendez estimer par-dessus tout, reviendrait à prouver que vous n’avez pas d’éthique et que vous seriez prêt(e) à vous désolidariser d’un groupe à la moindre déconvenue.

 

Il peut également arriver que des candidats défendent coûte que coûte leur meilleur ami. C’est un comportement louable et le jury saura l’apprécier, mais en attendant vous êtes devant un jury pour défendre votre candidature et pas celle de quelqu’un d’autre.

 

A bon entendeur…

 

Déshabillez-vous !

           Quel préparationnaire n’a pas entendu de la bouche d’un ami d’un ami, qu’il connaissait personnellement l’amie d’une relation d’un copain à qui un jury avait demandé de se déshabiller, si elle ou il voulait réellement intégrer l’école. Au-delà du mythe machiste sur fond de promotion canapé, il est hautement improbable qu’un jury se prête à ce petit jeu, sauf à vouloir risquer la suite de sa carrière.

 

Cependant, tout mythe revêt une part de vérité. En l’occurrence, il existe deux situations bien précises au cours desquelles un jury pourrait être amené à poser cette question. Soit, le candidat est d’une timidité extrême, mais honnêtement le jury n’a rien à gagner en secouant un candidat introverti et probablement traumatisé, soit le jury a le sentiment d’avoir en face de lui un candidat qui joue un jeu et il souhaite briser la carapace pour savoir ce qui se cache réellement dessous.

 

Ce n’est donc pas tant une attaque, que la volonté du jury de mieux vous connaître et de vous juger à votre juste valeur. C’est donc un signal fort émis par la part du jury, qui vous invite à vous ouvrir et à vous présenter tel que vous êtes réellement et non tel que le jury vous perçoit.

 

Contrairement aux idées reçues, les jurys ne sont pas composés de femmes et d’hommes profondément sadiques, là pour vous faire souffrir. Ce sont des individus normaux qui sont là pour remplir une mission et qui tentent de le faire du mieux qu’il peuvent. Accessoirement, n’oubliez pas qu’ils ne sont pas contre l’idée de passer un agréable moment. Un entretien peut être à la fois riche, intéressant, construit et plaisant à écouter. Si si !!

 

 

 

Comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

          Dans la série des questions qui déstabilisent les candidats jeunes ou moins jeunes, le « comment vous voyez-vous dans 10 ans ? » figurent dans le trio de tête.

Que peut-on répondre à une question, qui en apparence paraît idiote, et dont la réponse est pour le moins aléatoire, sauf à avoir des dons particuliers pour la divination.

 

L’immense majorité des étudiants en classe préparatoire vous répondront qu’ils se voient dans une dizaine d’années avec un travail qui leur plaît, avec une famille et peut-être déjà des enfants. En soit, la réponse n’est pas critiquable et nul ne doit se moquer de quelqu’un qui aspire à une vie familiale paisible. Malheureusement pour vous, vous passez un entretien et vous êtes là pour convaincre le jury que vous êtes LE ou LA candidate idéale.

 

Abandonnez momentanément vos rêves de « famille Ricoré » et montrez en quoi votre personnalité est en adéquation avec ce que les recruteurs recherchent. Parlez au conditionnel, dans la mesure où vous ne savez pas où vous serez d’ici là, mais faites preuve de réalisme, d’envie et d’optimisme. Expliquez par exemple que vous aimeriez travailler sur tel type de produits au sein de l’entreprise X ou Y. Que vous voyez plus probablement travailler dans une ville comme Londres ou Milan pour Z raison. Par ailleurs, vous pouvez souligner le fait que si vous ne savez pas ce que vous ferez, vous savez les valeurs auxquelles vous continuerez à adhérer et qui sont les vôtres aujourd’hui.

 

Ce ne sont bien entendu que des exemples de réponses possibles, l’important étant de toujours ramener la question à soi, de ne paraître ni candide,  ni trop confiant et de réaffirmer que de tous les candidats vous êtes définitivement le ou la meilleure.

 

Le mythe de l’admission sur une seule bonne réponse

          Les entretiens sont entourés d’un voile de mystère, certaines histoires font frémir de peur les étudiants, d’autres éveillent leur curiosité et leur imagination. Au travers de cette série d’articles, je vais revenir sur les plus grands mythes des entretiens des écoles de commerce, afin de les infirmer souvent et de les confirmer plus rarement.

 

Il existe un mythe particulièrement coriace, celui de l’admission sur un mot d’esprit. Certes, le jury peut être séduit par votre vivacité, mais il ne fonde pas son jugement sur une unique réponse, tout du moins c’est ainsi que cela se passe dans les écoles avec une grille de notation.

 

Contrairement à ce que prétend le mythe, à la question « quelle est la profondeur de la Seine ? », il ne vous suffira pas de répondre « sous quel pont ? » pour vous en sortir avec la note maximale…

 

Le jury peut vous demander si vous êtes prêt(e) à jouer votre admission sur un bon mot, mais c’est en général en réponse à une des affirmations suivantes de votre part : j’aime prendre des risques, j’aime le bluff, je suis capable de parier sur un coup de tête, etc. Une fois encore, ce n’est qu’une manière comme une autre de tester vos propres limites et d’évaluer la cohérence entre votre discours et vos actes.

 

L’entretien perroquet

        Quelques minutes après le décollage, une fois que l’avion est en plein vol et que les check lists ont été vérifiées, les pilotes mettent l’avion en mode automatique. Autrement dit, ils n’ont plus à tenir les commandes, mais simplement à vérifier que tout se passe bien, sans pour autant relâcher leur attention. Pourquoi vous parler de pilote automatique et d’aviation ? Les mauvais esprits diront que certains entretiens ressemblent à de la haute voltige, jusqu’au moment où l’avion se désintègre en plein vol. Si crash il y a, ce n’est pas tant parce que les candidats tentent des figures improvisées, que parce qu’ils optent pour une solution de facilité, à savoir réciter leur texte.

 

Il y a peu de choses aussi agaçantes pour un jury, qu’un candidat qui récite par cœur son histoire. Le discours perd toute spontanéité, vous pensez davantage à votre texte qu’à votre jury, vous ne cherchez pas à établir un dialogue avec lui. Vous ne le regardez tant l'effort de concentration est intense, vous souhaitez réciter le plus rapidement possible pour ne rien oublier et vous débarrasser de cet exercice.

 

Il est d’ailleurs amusant de constater que ces candidats détestent être interrompus, car ils ont peur de perdre le fil de leur récitation ! Autant vous prévenir, si le jury a le sentiment que vous faites du par cœur, d’une il tentera à tout prix de vous déstabiliser, de deux il commencera d’emblée l’entretien avec un a priori négatif.

 

Quand l’entretien sent la surpréparation, le jury a tendance à  poser des questions embarrassantes et se concentre quasi exclusivement sur les failles et les aspects négatifs de votre candidature aux dépends des aspects positifs. Si préparer son entretien est un impératif et une excellente chose, ne tombez pour autant pas l’écueil qui consiste à perdre toute spontanéité : préparez les thèmes, dont vous aimeriez parler, mais n’apprenez pas au mot près votre discours. Le par cœur est un mauvais pari, qui est perdant à presque tous les coups.

 

Faites vos gammes et soyez paradoxalement suffisamment préparé pour être prêt à partager vos expériences avec votre jury.

 

 

 

 

Walk me through your resume

            Il peut arriver au cours de certains entretiens que pour une raison, qui vous échappe la plupart du temps, le jury vous pose une question dans une langue étrangère. Si l’exercice est commun lors des entretiens d’embauche, il demeure plus déroutant et inhabituel dans le cadre d’un entretien d’ESC. Pour l’anecdote, cette pratique avait été mise au goût du jour par l’EAP, ancienne filière européenne de l’ESCP.

 

Lorsque le jury vous pose une question en anglais, il attend que vous répondiez en anglais et en aucun cas en français. Lors d’un entretien, toute question appelle une réponse ! Oui, mais j’ai honte de mon accent… Peu importe ! Le jury en vous posant une question dans une autre langue veut vous déstabiliser et observer votre capacité à rebondir rapidement après avoir été mis à mal, mais également voir la manière dont vous êtes capable de gérer une argumentation dans une langue qui n'est pas votre langue maternelle. Le jury ne juge pas votre niveau de langue, il y a des oraux d’anglais pour cela (Attention : le cas présent s’applique aux entretiens en ESC, pas aux entretiens d’embauche dans une entreprise)

 

En général, cet exercice est une simple formalité et intervient de manière limitée dans le temps. Lorsque le jury souhaite reprendre le cours normal de l’entretien, il vous le signale en vous posant une nouvelle question en français. En aucun cas, ne prenez la décision par vous-même de retourner au français, sauf si vous abordez des points très techniques. Dans ce cas, précisez au jury que vous souhaiteriez revenir au français et attendez qu’il vous donne le feu vert.

 

Il arrive également que des jurys vous demandent de parler dans une autre langue, si votre discours semble être appris par cœur [lien] et n’être qu’une simple répétition. Si vous avez appris votre texte et que vous savez que vous manquez de spontanéité, prenez cette demande comme un message d’alerte et faites en sorte d’être aussi spontané que possible.

 

Good luck!

 

Le stage, véritable passage obligé

          Lorsque l'on écoute certains étudiants, on se dit que la chanson "je ne veux pas travailler" a été écrite pour eux. Manque de chance pour eux, le stage est à l'étudiant postulant en école de commerce ce que l'airbag est à une voiture : un élément indispensable en cas d'accident !

Vous ne pouvez pas prétendre connaître l'entreprise, alors que vous n'y avez jamais mis les pieds, ou au mieux pendant une petite semaine lors du stage obligatoire de troisième. Si vous ne voulez pas vous ridiculiser en parlant d'une chose que vous ne connaissez pas, mettez à profit à vos vacances pour faire un stage d'un mois.

Rappelez-vous que vous allez passer des entretiens devant des professeurs et des cadres supérieurs, qui évoluent dans le monde de l'entreprise depuis des années. S'ils ne sont pas toujours capables d'estimer votre connaissance de l'école (vous pouvez toujours mentir...), ils sauront très vite si votre projet professionnel est crédible plus de 10 secondes et surtout si vous savez de quoi vous parlez.

Bien entendu, chaque année des étudiants arrivent à intégrer sans avoir eu d'expériences professionnelles, mais ils constituent une infime minorité et compensent par des expériences associatives et/ou sportives riches.

Evitez de nous dire que vous avez fait du baby-sitting tous les étés ou que vous donnez des cours depuis des années, cela ne remplacera jamais une expérience en entreprise. Cela fait même partie des tartes à la crême de l'entretien. Vous ne vous rendez pas service en vous cachant derrière de telles expériences, qui sont la plupart du temps inventée de toutes pièces.

Si vous êtes dans ce cas, expliquez que vous avez préféré améliorer votre niveau de langue en partant un mois dans un summer camp, ou que vous avez réalisé un projet qui vous tenait à coeur. Tout est acceptable aussi longtemps que votre discours est cohérent, construit et intéressant !