Billets de prepentretien

La vision « bisounours » du monde

        Avez-vous déjà regardé une élection de Miss France ? Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu cette chance, imaginez-vous un présentateur bon vivant et consensuel, qui demande à un parterre d’élégantes jeunes femmes ce à quoi elles aspirent. Et là, c’est le drame. Morceau choisi stéréotypé :

 

Si je suis élue Miss France, je ferai tout ce qui est en mon possible pour lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde. La guerre c’est mal, ça tue des innocents. J’aimerais que mon mandat soit celui d’un monde sans guerre…

 

Vous l’aurez compris, c’est l’accumulation de clichés plus utopiques les uns que les autres, qui décrédibilisent pour de bon l’intervenant. Ce discours vous fait sourire, pourtant votre discours s’en approche assez souvent ! Combien de candidats nous parlent de ressources humaines sans licenciements, de publicités sans messages équivoques ou mensongers, d’ONG sans détournements de fonds, etc. Ces assertions sont aussi aberrantes que de souhaiter devenir le prochain Gordon Gekko avec un BTS action commerciale en poche, ou que d’attendre de gagner au super Loto pour faire quelque chose de sa vie.

 

Si vous voulez que le jury vous prenne un minimum au sérieux, il va falloir lui prouver que vous avez une vision censée du monde et évitez à tout prix les clichés et les propos candides. Il n’attendra pas de vous d’en savoir plus que lui du haut de vos 20 ans, mais il vous sanctionnera s’il se rend compte que vous vivez dans un cocon, hors des réalités du monde.

 

Prenez le temps de voyager, mettez à profit vos stages et vos expériences professionnelles pour rencontrer de nouvelles personnes, pour vous faire une idée par vous-même du monde de l’entreprise, pour savoir ce que signifie se lever le matin pour aller travailler et gagner son pain.

 

Surtout, ne restez pas enfermés dans une bulle, sortez, lisez la presse, tenez vous informés de l’actualité, de la réalité de la situation socio-économique actuelle. Si l’on vous pardonnera de ne pas saisir tous les enjeux, on ne vous pardonnera pas de ne pas avoir fait votre due dilligence avant de passer vos entretiens.

 

 

Sobriété de rigueur le jour J

        Que votre cravate soit mal nouée, passe encore, que votre chemise ou votre corsage soit froissé pour vous être tortillé toute la journée, afin de faire passer ce maudit stress, passe encore, que vos mains tremblent, passe éventuellement encore en début d’entretien. En revanche, s’il y a bien quelque chose qui énerve au plus haut point les jurys, c’est le fait que des candidats se présentent devant eux dans un état d’ébriété avancé.

 

Que vous soyez encore dans une phase euphorique ou que vous soyez plus simplement en train de décuver, le résultat est le même : vous êtes inefficace, le plus souvent vous vous décrédibilisez et par-dessus tout vous faites perdre son temps au jury. Si vous venez d’une classe préparatoire, vous avez mené une vie plus ou moins ascétique pendant au moins deux années, rien ne vous empêche de vous retenir encore quelques heures !

 

Passer du temps avec les étudiants pour découvrir la ville et l’école est une excellente chose, boire alors que vous avez un entretien le lendemain prouve simplement votre immaturité. Que vous postuliez dans une école de commerce ou pour un emploi, il y a d’autres moyens autrement plus productifs que de passer sa soirée à festoyer. Mettez à profit le temps, dont vous disposez, pour dormir ou revoir vos fiches, pour vous concentrer. Comme cela a déjà été dit dans un article précédent, un entretien est la rencontre entre deux attentes fortes, si l’un des partis est d’office déçu, il a fort a parier que l’issu de l’entretien ne sera pas favorable.

 

 

L’art d’en faire toujours trop

Certains candidats ont l’art d’en faire toujours trop : sourire Colgate, costume sur mesure satiné, cravate slim, teint halé... Dans sa variante féminine, cela donnerait un magnifique tailleur de grand couturier, un décolleté aussi profond que tentateur, un visage d’ange... La particularité de ce(tte) candidat(e) est qu’il/elle propose en plus un discours parfait, lisse, tellement cohérent que cela en devient suspicieux.

 

L’archétype a réalisé 500 000 choses au cours de sa courte vie, aurait eu le temps d’en faire encore deux fois plus et trouve cela parfaitement normal, alors que le commun des mortels peine (s’il a déjà tenté l'expérience) à en faire ne serait-ce que le quart de la moitié. Il n’a jamais connu d’échecs, d’ailleurs il vient de faire une levée de fonds à hauteur de 25K€ pour aider un village camerounais, qu’il connaît bien pour y avoir vécu pendant un an. N’oublions pas que ce candidat parle couramment 5 langues et qu’il se lance dans l’apprentissage d’une langue morte à ses heures perdues pour passer le temps.

 

Si ce profil peut vous paraître rare, il est pourtant la caricature à peine forcée de certains enfants d’expatriés ou de diplomates. Si vous êtes dans cette situation, ne surjouez pas et à l’extrême limite n’en racontez pas trop, sous peine de renvoyer au jury la médiocrité de sa petite vie bien rangée.

 

La jalousie est un comportement humain, ne la provoquez pas inutilement en exposant sans aucun recul et naïvement une vie, qui en ferait rêver plus d’un. Insistez sur les points essentiels, comme votre adaptabilité et votre maîtrise des langues étrangères, et laissez au vestiaire des expériences trop rares pour être considérées comme normales par un cadre supérieur (e.g. avoir siégé à l’ONU à 15 ans). Soyez conscient de votre chance, mais n’en faites et n’en dites pas trop !

 

Faites vivre vos propos !

        La différence entre un bon et un mauvais entretien réside en premier lieu dans la capacité du candidat à illustrer ses propos avec des exemples concrets et intéressants. Certains écueils peuvent être facilement évités et ainsi permettre de donner quelques couleurs à un entretien :

  • Etre chronologique : lorsque l’on vous demande d’expliquer votre parcours en deux ou trois minutes, évitez à tout prix les digressions et les retours en arrière. Une fois que vous êtes passé à une nouvelle étape de votre parcours, vous ne revenez pas trois ans en arrière pour justifier vos choix. Soyez clair, concis et direct !

 
Mauvais candidat : J’ai fait ma classe préparatoire au lycée xxx à Paris. Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion de rencontrer M. Untel qui a partagé avec moi sa passion du judo. A ce propos, cela me fait penser que huit ans auparavant, j’avais fait une initiation de karaté, qui n’avait pas été concluante…

 

Pourquoi ? Les digressions ont tendance à perturber votre message, voire à le brouiller complètement. Que voulait démontrer le candidat ? Y avait-il un rapport entre la classe préparatoire et le reste ? Avec le stress, vous risquez de perdre pied et de vous mettre spontanément dans des situations délicates. Ayez un fil conducteur en tête et « stick to it » comme diraient nos amis anglo-saxons.

 

  • Etre concis : le jury n’attend pas de vous que vous lui racontiez une histoire à la « père Castor ». Autrement dit, sachez ce que vous voulez raconter et n’excédez pas 2 à 3 minutes de temps de parole. N’oubliez pas que plus vous vous concentrez sur un point, moins vous avez de temps pour défendre votre candidature dans son ensemble. Ceci ne veut pour autant pas dire que vous devez être sec comme un sachet de soupe lyophilisé : apportez suffisamment de détails pour être intéressant, mais pas trop pour ne tomber pas dans le récit.

 

  • Ne pas romancer : Personne n’attend de vous que vous ayez une vie aussi trépidante que Jack Bauer, le héro de la série télévisée 24 Heures Chrono. Nul besoin d’avoir escaladé l’Himalaya sur les mains ou d’avoir gagné trois compétitions d’ « Iron Man » pour captiver l’intérêt du jury.
  • Etre honnête : Ne tombez pas dans l’écueil qui consiste à faire de la publicité mensongère. Nous sommes tous pétris de qualités et de défauts, pas besoin de prétendre que vous lavez plus blanc que blanc pour séduire le jury.


Comment préparer son projet professionnel ? (Partie 1)

Cet article se destine en priorité aux préparationnaires. Comme vous le savez, les jurys en école de commerce attendent que vous ayez un projet professionnel à leur présenter ou tout du moins des goûts professionnels suffisamment affirmés pour être crédibles. Mais comment réfléchir à son projet pro alors que l’on est encore en train de diagonaliser des matrices carrées et que l’école nous semble encore très loin ?

 

Voici différentes pistes à explorer au préalable :

 

  • Trouver les secteurs pour lesquels on a une attirance spontanée en fondant votre raisonnement sur ses qualités (ex : bon communiquant, goût pour les chiffres)

 

  • Aller aux salons de l’étudiant et rencontrer de jeunes professionnels qui vous parleront de leur expérience
  • Solliciter des personnes, poser des questions à son entourage

 

  • Effectuer un stage d’un mois entre la première et la deuxième année de classe préparatoire pour découvrir le monde de l’entreprise

 

N’hésitez pas acheter les numéros spéciaux de Capital, de l’Etudiant ou de Challenges pour nourrir votre réflexion. Il existe également des tests qui peuvent vous donner une idée des secteurs dans lesquels vous pourriez évoluer.

 

La recherche du projet professionnel est un travail de longue haleine. Même si ce travail est laborieux et parfois pénible, vous devez vous astreindre à faire des recherches, sauf si vous ne souhaitez pas intégrer une école, ce qui est un débat très différent…

 

Le poker ou le vice du jeu

Le poker s’est affirmé au cours de ces dernières années comme une activité à la mode. C’est donc le plus simplement du monde qu’un nombre grandissant de candidats répond « le poker » à la question « quels sont vos centres d’intérêt ? ».

 

L’activité pourrait paraître anodine, mais elle est en général très mal perçue par les recruteurs. En voici les raisons. Au-delà de l’aspect jeu de stratégie, le poker est un jeu d’argent. Or, les jeux d’argent ont toujours eu une connotation péjorative dans nos sociétés. Le poker est donc associé à l’argent facile, à la fête, aux excès ou au contraire à l’enfer du jeu, à l’endettement.

 

Oublions un instant les pertes ou les gains indécents. Qu’est-ce qui fait le propre d’un bon joueur de poker ? Sa capacité à se concentrer, à anticiper les coups de ses adversaires et plus encore sa faculté à dissimuler son jeu, à feindre ce qui n’est pas, à faire croire et à laisser supputer.

 

Vous comprendrez aisément que la dissimulation n’est pas perçue par les recruteurs comme l’une des vertus cardinales du bon candidat. En d’autres termes, c’est exactement comme si vous répondiez que votre plus grande qualité était votre capacité à mentir.

 

Vous êtes libres de vos choix et de vos réponses, mais il n’en demeure pas moins que de mentionner le poker en entretien risque de vous mener sur des terrains pour le moins glissants. N’oubliez pas qu’un entretien est court et que s’il est possible de se décrédibiliser en quelques secondes, il est plus difficile de construire un semblant de confiance et de sérieux.

 

Faites vos jeux !

 

Faites nous rêver

 

Dans la hiérarchie des questions qui traumatisent les candidats, le « faites nous rêver » se place en haut lieu. Comment appréhender cette question ? Y a-t-il réellement une bonne réponse à cette question ?

 

Avant de vous proposer une solution, revenons un instant sur le contexte. Lorsqu’un jury vous pose la question « faites nous rêver » et par extension les questions du type « faites nous rire » ou « quelle la chose la plus folle que vous ayez faites ? », vous devez comprendre que le jury vous envoie un avertissement.

 

Deux solutions se présentent devant vous. Soit vous êtes un bon candidat, votre discours est rodé et le jury a envie de vous déstabiliser en vous posant une question sans réel rapport avec ce que vous veniez de dire, soit vous êtes un candidat soporifique et le jury vous donne la chance de vous ressaisir en changeant votre attitude et votre ton.

 

Au-delà de l’avertissement et du test, il n’en demeure pas moins obligatoire de répondre à cette question. Il n’existe pas de réponse miracle. A vous de trouver un sujet qui vous tient a cœur et  que vous maîtrisez suffisamment bien pour le partager avec passion avec votre jury. Prenons l’exemple d’un coucher de soleil à Tahiti, vous devez être suffisamment communicatif et convaincant pour qu’à la fin de votre temps de parole le jury n’ait qu’une envie : prendre le premier billet d’avion et partir sur le champ !

 

L’entretien doit être vu comme un moment de partage, comme une occasion unique de passer un bon moment avec des personnes que vous ne connaissez pas. Au-delà de la simple évaluation, il y a toujours une rencontre.

La Bling Bling attitude

Autant il est important d’être correctement habillé lors de vos entretiens, autant il faut éviter d’afficher ostensiblement des SER ou Signes Extérieurs de Richesse.


Mesdemoiselles, laissez dans votre coffre à bijoux, le temps des entretiens, vos bracelets Dinh Van et Redline, vos colliers Tiphany et O.J Perrin, vos bagues Cartier et tout autre objet de valeur que le commun des mortels ne peut se permettre d’acheter sans y réfléchir à deux fois.

Messieurs, évitez de porter la Rolex paternelle, sous prétexte que cela fait plus sérieux. Oubliez les boutons de manchette, les cravates monogrammées et les cols financiers. Lorsque vous serez devenu le Gordon Gekko local nous en reparlerons, en attendant faites profil bas.


Ne suscitez pas l’envie
ou la jalousie inutilement, vous aurez déjà fort à faire en n’ayant à défendre que votre propre candidature. Certaines personnes ont du mal à admettre qu’une personne, ayant 20 à 30 ans de moins, puisse porter des objets de valeur qu’elles ont mis des années à acquérir. Dans l’imaginaire collectif, les nouveaux venus commencent en bas de l’échelle et montent en grade petit à petit. Ne froissez personne et ne prenez pas de risques inutiles en allant plus vite que la musique.


Libre à vous de ne pas écouter ce conseil, mais dans ce cas ne vous étonnez pas si vous essuyez un commentaire du genre : « Si vous avez les moyens de vous payer une montre à 4000€, vous aurez également les moyens de réussir votre vie sans nous ». Que cette assertion soit vraie ou fausse, le résultat est le même : vous vous ferez griller. Si l’illustration ne vous semble pas claire, dites-vous que l’on commence à apprendre à conduire avec une petite citadine et que l’on pilote éventuellement quelques années plus tard une voiture de sport, pas l’inverse.

Si vous êtes une femme, rien ne vous empêche de porter un ou deux bijoux discrets. De même, si vous êtes un homme, rien de vous empêche de porter un article de valeur, mais ne vous amusez pas à venir avec plusieurs SMIC autour de chaque poignet. Tout est affaire de juste mesure et de discrétion.

 

Voici également pourquoi ces signes extérieurs de richesse peuvent agacer. Et vous, considérez-vous que vous avez réussi votre vie ?



Coupez le cordon ombilical

Que vous postuliez pour une place en école de commerce, pour un stage ou pour un emploi, vous serez toujours considérés par vos interlocuteurs comme des adultes. De fait, toute évocation des mots « papa » ou « maman » décrédibilisera irrémédiablement votre discours.

Pourquoi bannir les références familiales ? Premièrement, parce que prononcer le mot « papa » ou « maman » prouve que vous n’avez pas pris de distance avec vos parents. En filigrane, le jury percevra une forme de dépendance quant à l’autorité familiale. Deuxièmement, parce qu’évoquer en permanence vos proches pourrait signifier que vos choix ont été déterminés par leur existence. C’est probablement en partie le cas, mais ce n’est pas le discours que veut entendre un jury de la part de jeunes adultes.

Jury : Qu’est-ce qui vous amène devant un jury d’école de commerce aujourd’hui ?
Candidat : Mes parents sont respectivement diplômés d'HEC et de l’ESCP, c’est pourquoi j’ai souhaité faire une ESC
Jury : Vous êtes donc déterminé par le parcours de vos parents !
Candidat : Non, non !
Jury : Alors quelles sont vos motivations ?
Candidat : Euh…

Moralité, moins vous évoquerez vos proches, mieux vous vous porterez. Ce qui n’interdit pas bien entendu de les évoquer si la question vous est posée.

 

Votre destin est entre leurs mains !

De trop nombreux candidats s’en prennent directement au jury, le critiquent ouvertement, voire lui signifient sa médiocrité. Si un jury vous exaspère, ce qui peut arriver, ne manifestez pas votre mécontentement ou votre énervement. Gardez vos inspirations profondes, vos larmes et vos insultes pour l’après entretien.

Le jury peut ne pas être commode, c’est un fait, mais vous devez faire avec. Par ailleurs, force est de constater que ce ne sont pas nécessairement les jurys les plus virulents pendant l’entretien qui le sont le plus pendant la phase suivante.

Un entretien doit prouver, entre autre, votre capacité à vous adapter quels que soient vos interlocuteurs. Si le jury est plus véhément que vous ne le craigniez, ne paniquez pas et cherchez coûte que coûte à l’intéresser. Prouvez-lui votre motivation, mettez en avant vos qualités. En somme, faites votre job et faites-le bien.

Quoi que vous en pensiez, rappelez-vous que le jury est Dieu sur Terre pendant votre entretien. Aller ouvertement à son encontre, c’est risquer de provoquer son courroux !