Entretien

L’entretien perroquet

        Quelques minutes après le décollage, une fois que l’avion est en plein vol et que les check lists ont été vérifiées, les pilotes mettent l’avion en mode automatique. Autrement dit, ils n’ont plus à tenir les commandes, mais simplement à vérifier que tout se passe bien, sans pour autant relâcher leur attention. Pourquoi vous parler de pilote automatique et d’aviation ? Les mauvais esprits diront que certains entretiens ressemblent à de la haute voltige, jusqu’au moment où l’avion se désintègre en plein vol. Si crash il y a, ce n’est pas tant parce que les candidats tentent des figures improvisées, que parce qu’ils optent pour une solution de facilité, à savoir réciter leur texte.

 

Il y a peu de choses aussi agaçantes pour un jury, qu’un candidat qui récite par cœur son histoire. Le discours perd toute spontanéité, vous pensez davantage à votre texte qu’à votre jury, vous ne cherchez pas à établir un dialogue avec lui. Vous ne le regardez tant l'effort de concentration est intense, vous souhaitez réciter le plus rapidement possible pour ne rien oublier et vous débarrasser de cet exercice.

 

Il est d’ailleurs amusant de constater que ces candidats détestent être interrompus, car ils ont peur de perdre le fil de leur récitation ! Autant vous prévenir, si le jury a le sentiment que vous faites du par cœur, d’une il tentera à tout prix de vous déstabiliser, de deux il commencera d’emblée l’entretien avec un a priori négatif.

 

Quand l’entretien sent la surpréparation, le jury a tendance à  poser des questions embarrassantes et se concentre quasi exclusivement sur les failles et les aspects négatifs de votre candidature aux dépends des aspects positifs. Si préparer son entretien est un impératif et une excellente chose, ne tombez pour autant pas l’écueil qui consiste à perdre toute spontanéité : préparez les thèmes, dont vous aimeriez parler, mais n’apprenez pas au mot près votre discours. Le par cœur est un mauvais pari, qui est perdant à presque tous les coups.

 

Faites vos gammes et soyez paradoxalement suffisamment préparé pour être prêt à partager vos expériences avec votre jury.

 

 

 

 

Walk me through your resume

            Il peut arriver au cours de certains entretiens que pour une raison, qui vous échappe la plupart du temps, le jury vous pose une question dans une langue étrangère. Si l’exercice est commun lors des entretiens d’embauche, il demeure plus déroutant et inhabituel dans le cadre d’un entretien d’ESC. Pour l’anecdote, cette pratique avait été mise au goût du jour par l’EAP, ancienne filière européenne de l’ESCP.

 

Lorsque le jury vous pose une question en anglais, il attend que vous répondiez en anglais et en aucun cas en français. Lors d’un entretien, toute question appelle une réponse ! Oui, mais j’ai honte de mon accent… Peu importe ! Le jury en vous posant une question dans une autre langue veut vous déstabiliser et observer votre capacité à rebondir rapidement après avoir été mis à mal, mais également voir la manière dont vous êtes capable de gérer une argumentation dans une langue qui n'est pas votre langue maternelle. Le jury ne juge pas votre niveau de langue, il y a des oraux d’anglais pour cela (Attention : le cas présent s’applique aux entretiens en ESC, pas aux entretiens d’embauche dans une entreprise)

 

En général, cet exercice est une simple formalité et intervient de manière limitée dans le temps. Lorsque le jury souhaite reprendre le cours normal de l’entretien, il vous le signale en vous posant une nouvelle question en français. En aucun cas, ne prenez la décision par vous-même de retourner au français, sauf si vous abordez des points très techniques. Dans ce cas, précisez au jury que vous souhaiteriez revenir au français et attendez qu’il vous donne le feu vert.

 

Il arrive également que des jurys vous demandent de parler dans une autre langue, si votre discours semble être appris par cœur [lien] et n’être qu’une simple répétition. Si vous avez appris votre texte et que vous savez que vous manquez de spontanéité, prenez cette demande comme un message d’alerte et faites en sorte d’être aussi spontané que possible.

 

Good luck!

 

Le stage, véritable passage obligé

          Lorsque l'on écoute certains étudiants, on se dit que la chanson "je ne veux pas travailler" a été écrite pour eux. Manque de chance pour eux, le stage est à l'étudiant postulant en école de commerce ce que l'airbag est à une voiture : un élément indispensable en cas d'accident !

Vous ne pouvez pas prétendre connaître l'entreprise, alors que vous n'y avez jamais mis les pieds, ou au mieux pendant une petite semaine lors du stage obligatoire de troisième. Si vous ne voulez pas vous ridiculiser en parlant d'une chose que vous ne connaissez pas, mettez à profit à vos vacances pour faire un stage d'un mois.

Rappelez-vous que vous allez passer des entretiens devant des professeurs et des cadres supérieurs, qui évoluent dans le monde de l'entreprise depuis des années. S'ils ne sont pas toujours capables d'estimer votre connaissance de l'école (vous pouvez toujours mentir...), ils sauront très vite si votre projet professionnel est crédible plus de 10 secondes et surtout si vous savez de quoi vous parlez.

Bien entendu, chaque année des étudiants arrivent à intégrer sans avoir eu d'expériences professionnelles, mais ils constituent une infime minorité et compensent par des expériences associatives et/ou sportives riches.

Evitez de nous dire que vous avez fait du baby-sitting tous les étés ou que vous donnez des cours depuis des années, cela ne remplacera jamais une expérience en entreprise. Cela fait même partie des tartes à la crême de l'entretien. Vous ne vous rendez pas service en vous cachant derrière de telles expériences, qui sont la plupart du temps inventée de toutes pièces.

Si vous êtes dans ce cas, expliquez que vous avez préféré améliorer votre niveau de langue en partant un mois dans un summer camp, ou que vous avez réalisé un projet qui vous tenait à coeur. Tout est acceptable aussi longtemps que votre discours est cohérent, construit et intéressant !

La vision « bisounours » du monde

        Avez-vous déjà regardé une élection de Miss France ? Pour celles et ceux qui n’auraient pas eu cette chance, imaginez-vous un présentateur bon vivant et consensuel, qui demande à un parterre d’élégantes jeunes femmes ce à quoi elles aspirent. Et là, c’est le drame. Morceau choisi stéréotypé :

 

Si je suis élue Miss France, je ferai tout ce qui est en mon possible pour lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde. La guerre c’est mal, ça tue des innocents. J’aimerais que mon mandat soit celui d’un monde sans guerre…

 

Vous l’aurez compris, c’est l’accumulation de clichés plus utopiques les uns que les autres, qui décrédibilisent pour de bon l’intervenant. Ce discours vous fait sourire, pourtant votre discours s’en approche assez souvent ! Combien de candidats nous parlent de ressources humaines sans licenciements, de publicités sans messages équivoques ou mensongers, d’ONG sans détournements de fonds, etc. Ces assertions sont aussi aberrantes que de souhaiter devenir le prochain Gordon Gekko avec un BTS action commerciale en poche, ou que d’attendre de gagner au super Loto pour faire quelque chose de sa vie.

 

Si vous voulez que le jury vous prenne un minimum au sérieux, il va falloir lui prouver que vous avez une vision censée du monde et évitez à tout prix les clichés et les propos candides. Il n’attendra pas de vous d’en savoir plus que lui du haut de vos 20 ans, mais il vous sanctionnera s’il se rend compte que vous vivez dans un cocon, hors des réalités du monde.

 

Prenez le temps de voyager, mettez à profit vos stages et vos expériences professionnelles pour rencontrer de nouvelles personnes, pour vous faire une idée par vous-même du monde de l’entreprise, pour savoir ce que signifie se lever le matin pour aller travailler et gagner son pain.

 

Surtout, ne restez pas enfermés dans une bulle, sortez, lisez la presse, tenez vous informés de l’actualité, de la réalité de la situation socio-économique actuelle. Si l’on vous pardonnera de ne pas saisir tous les enjeux, on ne vous pardonnera pas de ne pas avoir fait votre due dilligence avant de passer vos entretiens.

 

 

Sobriété de rigueur le jour J

        Que votre cravate soit mal nouée, passe encore, que votre chemise ou votre corsage soit froissé pour vous être tortillé toute la journée, afin de faire passer ce maudit stress, passe encore, que vos mains tremblent, passe éventuellement encore en début d’entretien. En revanche, s’il y a bien quelque chose qui énerve au plus haut point les jurys, c’est le fait que des candidats se présentent devant eux dans un état d’ébriété avancé.

 

Que vous soyez encore dans une phase euphorique ou que vous soyez plus simplement en train de décuver, le résultat est le même : vous êtes inefficace, le plus souvent vous vous décrédibilisez et par-dessus tout vous faites perdre son temps au jury. Si vous venez d’une classe préparatoire, vous avez mené une vie plus ou moins ascétique pendant au moins deux années, rien ne vous empêche de vous retenir encore quelques heures !

 

Passer du temps avec les étudiants pour découvrir la ville et l’école est une excellente chose, boire alors que vous avez un entretien le lendemain prouve simplement votre immaturité. Que vous postuliez dans une école de commerce ou pour un emploi, il y a d’autres moyens autrement plus productifs que de passer sa soirée à festoyer. Mettez à profit le temps, dont vous disposez, pour dormir ou revoir vos fiches, pour vous concentrer. Comme cela a déjà été dit dans un article précédent, un entretien est la rencontre entre deux attentes fortes, si l’un des partis est d’office déçu, il a fort a parier que l’issu de l’entretien ne sera pas favorable.

 

 

Votre destin est entre leurs mains !

De trop nombreux candidats s’en prennent directement au jury, le critiquent ouvertement, voire lui signifient sa médiocrité. Si un jury vous exaspère, ce qui peut arriver, ne manifestez pas votre mécontentement ou votre énervement. Gardez vos inspirations profondes, vos larmes et vos insultes pour l’après entretien.

Le jury peut ne pas être commode, c’est un fait, mais vous devez faire avec. Par ailleurs, force est de constater que ce ne sont pas nécessairement les jurys les plus virulents pendant l’entretien qui le sont le plus pendant la phase suivante.

Un entretien doit prouver, entre autre, votre capacité à vous adapter quels que soient vos interlocuteurs. Si le jury est plus véhément que vous ne le craigniez, ne paniquez pas et cherchez coûte que coûte à l’intéresser. Prouvez-lui votre motivation, mettez en avant vos qualités. En somme, faites votre job et faites-le bien.

Quoi que vous en pensiez, rappelez-vous que le jury est Dieu sur Terre pendant votre entretien. Aller ouvertement à son encontre, c’est risquer de provoquer son courroux !

 

Ramener l’entretien à soi

S’il est habituellement mal vu de toujours parler de soi, l’entretien fait exception à la règle. Pendant le temps imparti, vous êtes là pour convaincre, voire persuader le jury, que vous êtes le/la candidat(e) qu’il recherche.

Certaines personnes atteintes de « parlotte » aiguë se lancent à corps perdu dans un sujet,  puis oublient  d’aborder d’autres points sans doute aussi importants si ce n’est plus. Normalement, vous ne devriez pas parler plus de 2/3 minutes par thème, sauf à ce que le jury vous demande explicitement d’approfondir vos propos. Plus votre message est concis et illustré, moins vous risquez de noyer votre message dans une masse d’informations parasites.

Certains jurys ont parfois tendance à pousser les candidats à ne parler que d’un sujet, qui plus est souvent très éloigné de ce qu’ils sont venus défendre. A vous de faire preuve d’inventivité et de ramener la discussion à vous. Par exemple, profitez d’une nouvelle question pour dire que cela vous fait penser à une expérience personnelle ou que vous avez su faire preuve d’une qualité qui aurait été fort utile dans le cadre de la situation évoquée.

N’oubliez pas que vous disposez  d’un temps limité pour convaincre. Ne vous perdez dans des réflexions vaseuses  et des morceaux de bravoure aussi stériles que ridicules. Cependant, recentrer l’entretien sur sa personnalité ne veut en aucun cas dire qu’il ne faut pas répondre au jury. Au vous où vous l’auriez oublié, votre sort dépend de son bon vouloir.

 

Droit au but !

Voici un article qui fait suite à celui sur la théorie du langage développée par Mehrabian.

L’entretien est un examen de passage sans rattrapage. Nous pourrions le définir comme la rencontre entre deux attentes fortes, celle du recruteur et celle de l’interviewé. Il s’agit d’un exercice complexe que l’on ne peut pas prendre à la légère. Faire un bon entretien, cela s’apprend !

 Au préalable, il faut avoir défini le message à faire passer, car le recruteur part du principe que « vous êtes responsable de vos réponses ». Afin de rendre clair votre propos et d’aller droit au but, n’hésitez pas à illustrer vos propos, les faits que vous avancez. Sachez utiliser des images et des métaphores pour clarifier votre propos.

 Ex : Dire que vous êtes le capitaine du navire, que vous êtes à la barre, que vous traversez une tempête et que vous réduisez la voilure, ce sera toujours plus clair que de dire « face à la crise je privilégie le CRM* plutôt que… »

 *CRM = Customer Relationship Management

 Retenez une chose importante : Plus vous dîtes de mots, moins ils seront entendus et moins ils seront retenus ! Allez à l’essentiel, ne tombez pas dans l’écueil des langages jargonneux et faussement techniques afin de noyer le poisson.

 « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément »

Nicolas Boileau, L’Art poétique (1674)

Et si tout se jouait au cours des premières secondes ?

       Une entrée maladroite, un regard fuyant, une voix chevrotante ou inaudible, voilà le parfait cocktail pour rater son arrivée sur scène. Sur scène dites-vous ? Oui, une scène sur laquelle vous allez jouer votre propre rôle et dont vous êtes le protagoniste.

 Pourquoi ne faut-il pas rater son entrée ? Tout simplement, parce les jurys se remémorent en priorité deux moments essentiels de votre prestation, le début et la fin. Un évident sentiment de malaise ou de peur n’est pas annonciateur d’une prestation de qualité, tandis qu’un candidat souriant et posé laisse présager un agréable moment.

Les premières secondes de votre entretien sont un « one shot gun », comprenez par là que vous ne pourrez laisser qu’une première impression, faites donc en sorte que ce soit la bonne !

Avant votre entrée dans la salle d’examen, assurez-vous que vous vous tenez droit, que vous semblez détendu et que vous êtes souriant. Non, il ne s’agit ni du sourire béat façon groupie, ni du sourire ravageur façon Colgate. Un léger sourire qui prouve que vous êtes heureux d’être là et d’avoir l’occasion de défendre votre candidature.

Soyez sûr de vous, attendez d’avoir refermé la porte de la salle pour regarder le jury dans les yeux et lui dire bonjour. Bannissez le « salut » de votre vocabulaire et optez pour des formules de politesse comme « Bonjour Madame, bonjour Messieurs ». Attendez pour vous asseoir que l’on vous y autorise.

Bien entendu, un jury ne vous jugera a priori jamais sur votre entrée, mais celle-ci donne souvent le « la ». Il est donc important de la soigner et de montrer dès les premières secondes sous votre meilleur jour.